Kitabı oxu: «Un tournoi à Romans en 1484»
Ulysse Chevalier
Un tournoi à Romans en 1484

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066090098
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
ROMANS 1888
UN TOURNOI À ROMANS
ROMANS
1888
UN TOURNOI À ROMANS
Table des matières
En 1673, parut à Grenoble, sans nom d'auteur, un petit volume, aujourd'hui fort rare, contenant le récit, naturellement très fantaisiste, de l'amour de Zizim, prince ottoman, pour Philippine de Sassenage 1.
De ce roman justement attribué à Guy Allard, avocat au Parlement, nous avons extrait la description archaïque d'un tournoi qui aurait eu lieu à Romans, aux fêtes de la Pentecôte (6, 7 et 8 juin de l'année présumée 1484), à l'occasion du mariage d'Antoine de Montchenu avec Louise de Clermont.
Si le récit romanesque que nous publions avec les notes historiques et biographiques qu'il comporte, est de pure fantaisie, les lieux, les faits, les personnes qui le constituent sont conformes, de tout point, à la vérité historique.
Le lieu de cette fête chevaleresque est indiqué sur la grande place. C'était, en effet, à cette époque, la seule place qu'il y eut à Romans. Elle était au centre de la ville, bien abritée et nivelée, assez spacieuse, car alors la rangée des maisons qui en forme le côté méridional n'existait pas: ce qui donnait à cette arène une longueur de 100 mètres et une largeur de 35, et enfin permettait d'adosser, sans encombrement, contre l'église les estrades, gradins et échafauds que l'on construisait lorsque l'on célébrait des jeux chevaleresques et des fêtes populaires sur cette place. Les trois autres côtés étaient bordés par des édifices particuliers, dont, aux jours de fêtes, les salles et les chambres, les balcons et les croisées devenaient pour de nombreux spectateurs des loges et des stalles, aussi commodes que peu coûteuses.
Déjà, dans ce champ clos, il s'était donné plusieurs fois des joûtes et des tournois comme on le voit par les comptes municipaux. Ainsi, le 21 janvier 1428, il fut alloué à Durand Reynier, un des syndics (consul), 25 sols 1/2 tournois, plus 1 florin 8 gros qui avaient été employés à préparer, pour l'honneur de la ville, des lysses (lices) où la noblesse devait combattre à cheval (equester) avec des lances (in astiludiis). Le 15 juillet 1430, nouvelle dépense par ordre du gouverneur de la province pour le tournoi donné à l'occasion de la réunion des trois ordres ou États-généraux à Romans. Le compte fait mention de barrières, de pieux, de tentes, de cordages. Le 1er mai 1431, solde de 5 florins pour les frais nécessités par certaines joûtes, etc.
Nous croyons devoir rappeler, à propos de l'épisode romanesque qui fait le sujet de ce récit, que pendant le moyen-âge et même jusqu'à la Révolution, la ville de Romans, à cause de sa position centrale, de sa route et de son pont très fréquentés, a été une cité importante du Dauphiné. De grands personnages y ont séjourné ou passé: souvent on y a réuni les États-généraux de la province, célébré des drames religieux et, comme on vient de le rappeler, donné des jeux chevaleresques.
Les noms des tenants et assaillants de ce tournoi, au nombre de 84, ainsi que les signes héraldiques qu'ils portaient sur leurs casques sont parfaitement exacts: car, on le sait, Guy Allard avait une grande connaissance des généalogies et des armoiries dauphinoises. Toutefois, dans le but de flatter de hauts personnages, les nobles champions qu'il désigne comme ayant pris part à cette fête, sont en général choisis parmi les ancêtres des membres des familles qui, à l'époque de l'impression du roman de Zizimi, occupaient de grandes positions, surtout dans la magistrature.
Pour distinguer entre eux les combattants cachés sous leur armure, l'auteur orne le casque de chacun d'eux, d'un cimier héraldique représentant la figure principale de leurs armoiries, et dans le cas où celles-ci ne contenaient pas des signes particuliers ou en avaient de trop compliqués, il leur donne un timbre de fantaisie. Nous nous efforcerons de réparer cette inexactitude ou cette lacune en décrivant, après une petite note biographique, les vrais blasons de chacun des combattants, tenants et assaillants.
« ... 2. Un Héraut vint dans le Royanois annoncer le tournois qui se devoit faire dans peu de jours dans la ville de Romans pour la solemnité des nopces de Montchenu. Ce prétendu espoux de la fille du baron de Clermont estoit un des plus galants hommes de son siècle, et quoy qu'il dut bien tost posséder sa maîtresse, il voulut néantmoins paroistre amant jusque là, et en donner des marques publiques. Ce fut donc luy qui entreprit ce tournois, et qui envoya par tout le Dauphiné et dans les provinces voisines pour en publier l'emprise qui estoit en ces termes:
À la louange de Dieu. La Noblesse qui voudra se trouver dans la ville de Romans, les festes de la Pentecoste prochaines, sera receuë dans un tournois qui se célèbrera à la gloire de Louise de Clermont par les soins d'Antoine de Montchenu. On y combattra à lance mornée, avec pouvoir d'en changer jusques à ce que l'on soit abbatu. L'espée n'y servira que d'ornement pour ne pas souiller par le sang, une feste qui ne doit estre remplie que de plaisirs. On tirera au sort pour savoir quels seront les tenans et les assaillans. On ne promet d'autre prix que l'honneur d'avoir vaincu.
Après que le Héraut eut ainsi annoncé ce tournoi dans le Royanois, les plus qualifiez gentilshommes du pays se préparèrent pour y donner des marques de leur force et de leur adresse. Et quand Zizimi eut sceu que la seule gloire d'avoir vaincu devoit faire la récompense du victorieux, il fit dessein de luy préparer un présent digne de la Majesté d'un prince ottoman. Il avoit encore quelques pierreries, et parmy elles une boëtte de diamans très riche et très magnifique qu'il destina pour ce sujet.
Cependant toutes choses se préparoient à Romans pour le tournoi. On y dressoit des barrières pour les jouxtes et les échafaux pour les Juges du camp et pour les Dames. Comme on fu à la première feste de la Pentecoste, de tous costés on vit arriver des chevaliers. Zizimi partit ce même jour et passa l'Isère avec Rochechinard, suivi de son Cadilecher 3, de ses capigis 4, de ses janissaires 5 et de ses esclaves; et il entra dans Romans avec un ordre assez bien concerté pour donner curiosité à tout le monde de le voir passer par les rues. Barachin le mena loger dans une maison où le gouverneur de la ville, qui estoit alors à Paris, avoit coutume de demeurer quand il estoit à Romans 6.
Le lendemain au matin, Zizimi receut les visites de tout ce qu'il y avoit de personnes de qualité dans la ville. Le baron de Clermont y fût, le seigneur de Montchenu luy alla rendre graces de l'honneur qu'il luy faisoit; enfin ce sultan qui depuis sa sortie de l'empire des Turcs n'avoit receu aucun de ces grands honneurs que l'on rend aux princes, que dans la ville de Rhodes, s'en trouva alors environné de toutes parts; et vit la noblesse la plus galante du Dauphiné luy en faire une cour assez considérable et assez nombreuse pour l'état où il se trouvait alors.
L'après-disner il marcha dans la place où les barrières avoient esté plantées. Son habillement étoit d'une veste très précieuse. Il avoit sur sa teste un chapeau tout couvert de plumes et garny de quelques pierreries. Ses gens étoient tous vêtus à la turque et couverts d'un turban. Le baron de Clermont, celuy de Sassenage, les seigneurs de Chaste et d'Uriage nommés pour juges du camp, l'accompagnèrent jusques aux échaffaux préparez pour eux. Plusieurs dames y avoient déjà pris leur place, et la belle Philippine y paroissoit comme un soleil parmy d'autres astres 7. Lorsque chacun eut pris sa place et que plusieurs trompettes et tambours eurent fait retentir l'air de leur bruit, l'Ottoman fit publier par un des quatre hérauts d'armes qui estoient là, qu'il y avoit un présent destiné pour celuy qui demeureroit vainqueur à la fin des jouxtes, et qu'il le recevroit des mains de l'aimable Sassenage. Philippine ne scavoit point que Zizimi eust préparé une boite de diamants pour le prix du tournois: et elle ne fut pas peu étonnée lorsqu'un capigis le luy vint remettre, après que le héraut eut fait sa charge et publié la générosité du sultan.
Les chevaliers prest d'entrer en lyce, estoient cependant dans une ardeur et dans une impatience extrême de combattre. On les fit tirer au sort pour les diviser en tenans et en assaillans. Voicy les noms des Tenans avec leurs cimiers.
Damian ROSTAIN du lieu de Chevrières, dont le cimier estoit une corneille d'or 8.
Louis D'ARCES, seigneur de Réaumont, avoit pour cimier un lyon d'or 9.
Jean DE LATTIER, un lacs d'amour 10.
Gabriel DE LA POYPE, seigneur de Saint-Jullien, timbré des armes de la maison d'Autriche 11.
Louis DE SASSENAGE, fils aisné du baron qui portait sur son timbre une mélusine 12.
Claude YSERAN, seigneur de La Grange, avoit sur le sien un griffon d'argent 13.
Pierre de RIVOIRE, fils du seigneur de Romagnieu, estoit timbré d'une fleur de lys d'azur 14.
Aynard de GRAMONT, seigneur de Vachères, d'un lyon d'or 15.
Laurent de BEAUMONT, seigneur de Saint-Quentin, amant de la belle Philippine, avoit sur son heaume une fleur de lys d'azur 16.
Lantelme AYNARD, un lyon d'or 17.
Aynard DE MORETON, seigneur de Chabrillant, une patte de lyon d'or 18.
Philippe DE LA TOUR-SASSENAGE, surnommé le brave Vatillieu, père de Sidonie 19, une patte de lyon d'or 20.
François PAPE, seigneur de Saint-Auban, fils du célèbre Guy Pape, une croix d'argent 21.
Aymon D'ARVILARS, seigneur de la Bastie, estoit tout fier de l'aigle d'azur qu'il portait sur son casque 22.
Pulsuz fraqment bitdi.