Kitabı oxu: «Vapeurs : ni vers, ni prose»
Xavier Forneret
Vapeurs : ni vers, ni prose

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066332419
Table des matières
Pour quelques passages de quelques-unes des Vapeurs de ce livre.
LES PRISONS OUVERTES.
A UN JEUNE HOMME.
VAPEUR PREMIÈRE.
ÉCRIT DANS UN CIMETIÈRE IL Y A DÉJA LONGTEMPS.
VAPEUR II.
BAISER D’AMOUR.
VAPEUR III.
ÉCRIT A TABLE IL Y A LONGTEMPS.
VAPEUR IV.
RAYON DE SOLEIL.
VAPEUR V.
SA MÈRE L’EMBRASSE.
VAPEUR VI.
ROI ET PAUVRE.
VAPEUR VII.
ELLE.
VAPEUR VIII.
ORAGE.
VAPEUR IX.
AMITIÉ. A M. PAUL V... DE CUBRIAL.
VAPEUR X.
ELLE.
VAPEUR XI.
JEUX DE MÈRE ET D’ENFANT.
VAPEUR XII.
VAPEUR XIII.
UN PAUVRE HONTEUX.
VAPEUR XIV.
BOUFFÉE.
VAPEUR XV.
VICTOR HUGO.
VAPEUR XVI.
UNE HEUREUSE D’AUTREFOIS.
VAPEUR XVII.
UN EN DEUX.
VAPEUR XVIII.
PÈRE-MÈRE-ENFANT.
PÈRE ET MÈRE.
PÉRE-MÈRE-ENFANT.
VAPEUR XIX.
LA FILLE DU BANC.
VAPEUR XX.
ELLE.
VAPEUR XXI
BRISE.
VAPEUR XXII.
LE BOUT DU MONDE.
VAPEUR XXIII.
OH! QUE LE SOIR EST BEAU.
VAPEUR XXIV.
MON VIOLON.
VAPEUR XXV.
OMBRE D’OMBRE.
VAPEUR XXVI.
AVANT D’ENTRER
DEDANS.
VAPEUR XXVII.
LE PURGATOIRE.
VAPEUR XXVIII.
ÉCOUTEZ-MOI.
VAPEUR XXIX.
FLOCON NOIR.
VAPEUR XXX.
AUX VIEUX DE L’AUTRE. ETINCELLE.
FEU MOURANT.
CENDRES.
VAPEUR XXXI,
BESOIN DE DIRE
VAPEUR XXXII.
DEMANDE AU VENT DU SOIR.
VAPEUR XXXIII.
QUELQUES-UNES DOIVENT DIRE CELA.
VAPEUR XXXIV
ELLE EST MORTE POUR MOI.
AUTEUR DE L’HOMME NOIR, ETC.
Sans façon et pour tous, un peu (tour
les enfants. Moi mauvais, mais, moi.–
(COUPROT, Traité sur la Création
et limitation.)
PARIS
E. DUVERGER, RUE DE VERNEUIL, No4.
1838
Pour quelques passages de quelques-unes des Vapeurs de ce livre.
Table des matières
L’âme est comme l’ouragan qui souffle, qui ébranle, qui renverse, qui entraîne, qui abîme, qui confond; ou, comme la brise qui fait naître, qui verdit, qui caresse, qui adule.
On pourrait peut-être encore dire que l’âme est un vaisseau d’air dont les voiles se gonflent de vague et d’incertitude, dont notre esprit est le mât, l’espérance la proue, et nos pensées la carcasse.
On est tenté de croire qu’il y a deux faces à notre âme:–l’une rouge, l’autre blanche. La rouge, c’est l’ouragan qui déchaîne; la blanche, c’est la brise qui retient.
Il y aurait dans les recoins de ces deux faces autant de pensées, autant de parties de pensées, autant de couleurs, autant de nuances dans ces couleurs qu’il y a d’étoiles au ciel.
L’âme est aussi l’étoile du corps; elle jette son feu par la marche, les mouvements, les gestes, les paroles, les regards, la pression.
Elle file souvent, mais elle revient à sa place sous trois rayons qui l’éclairent:–Dieu, la femme et le cœur humain.
Dieu, c’est tout sur la terre et au ciel.
La femme, c’est tout sur la terre.
Le cœur humain n’est presque rien nulle part.
L’auteur de ce livre est quelquefois plus triste qu’une larme, jamais plus gai qu’un sourire; souvent plus en fièvre qu’une dent qui souffre, jamais plus calme qu’une feuille en équilibre sur une branche.
Ceci est dit non pas pour entretenir de lui, mais seulement pour son livre.
On parle de soi au coeur qui nous connaît, parce que ce coeur nous le demande, parce qu’il vit de nos sensations, parce qu’il se couvre de notre ame, parce qu il s’étend sur notre vie pour essayer de la faire sans plis, parce qu’il se met derrière nous pour y voir, parce qu il rit avec nos lèvres, pleure avec nos yeux, donne avec nos bras, aime avec notre être.
L’auteur comprend la poésie comme il ne pourra jamais la faire, c’est-à-dire grande, élevée, sublime, naïve, ardente, railleuse, line, emportée, suave, mordante, mélancolique, soupirante, onctueuse, toute de jour, toute de nuit, brillante ou noire.
Pour lui, dans ce monde, la poésie en tout, c’est son rêve.
Quand il a écrit, c’est le réveil, et ce réveil l’accable. Il se trouvait bien, il se trouve mal; il a tout senti, il n’a rien dit, puisqu’il a dit à sa manière; il s’était cru brillant, il devient raide de froid; il est monté par un chemin qui l’a fait descendre.
Pourtant il croit presque qu’il a une âme, et, bien sûr, il n’afficherait pas cette croyance s’il n’était permis de se glorifier de ce qui nous vient de Dieu.
Certes, c’est bien assez qu’il ait osé dire: Ce livre est de moi.
LES PRISONS OUVERTES.
LES PRISONS OUVERTES.
Table des matières
Coeur grand, cœur généreux, cœur aimant, magnanime,
Dût-on m’emprisonner pour longtemps, pour toujours,
Je m’écrierais encore: Oui, son âme est sublime,
Et je dirais sans cesse au ciel: Garde ses jours.
A UN JEUNE HOMME.
A UN JEUNE HOMME.
Table des matières
Prince, lu as quitté frères, sœurs, père, mère.
Pour aller dans les camps d’un pays éloigné,
Jouer une partie contre toute misère;
Tu as fait face au jeu, aussi tu as gagné
Et pourtant tu avais le plaisir si facile
A ta beauté, ton âge, à ton or, à ton rang!
Peut-être encor ton cœur restait-il à la ville,
Mais tu t’es dit: L’honneur doit seul prendre le sang,
Prince, tu es un brave, et fils d’un père brave,
Il y a bien sur toi des veines de Français;
On devait ramener, comme un fait que l’on grave,
Ton corps sur des lauriers, et l’armée sous un dais.
VAPEURS.
VAPEUR PREMIÈRE.
Table des matières
ÉCRIT DANS UN CIMETIÈRE IL Y A DÉJA LONGTEMPS.
Table des matières
Vraiment on ne vit bien qu’à l’aspect d’une tombe,
Là, le néant d’autrui nous entre dans le cœur;
Là, rien n’est racheté, malgré toute hécatombe,
On ne peut plus qu’offrir ses larmes au malheur.
Quand la bouche sourit à la pierre gravée
D’être sous son corps froid on se sent le désir,
Et si l’on veut passer encore une journée,
C’est pour tâcher de mieux finir.
Le malheur! mot affreux qui désigne à la terre
Que l’homme est ici-bas pour le porter au front
Plus ou moins apparent, selon que Dieu le père
Aux fautes d’une vie doit attacher l’affront.
Et pourtant il y a de ces bien saintes âmes
Qui adorent sans cesse et ne vivent jamais
Qu entachées d’un destin qui leur lance ses trames;
Dieu seul connaît donc leurs forfaits.
Le malheur ne dit rien à ceux qui sont sous l’herbe;
Ils reposent en paix, gardés par un vouloir
Qui donne à tous appui, au vieillard, à l’imberbe;
C’est la mort parmi eux qui est venue s’asseoir.
Mais la vie qui regarde en se tordant et pleure,
Mais la vie qui appelle en vain sur un tombeau;
Ouvrez-lui vite, hélas! la terreuse demeure;
Place pour elle en ce berceau!
On essaie de trouver dans chaque fleur qui brille
L’image de celui que l’on a tant aimé;
Le dard du moisonneur non plus que sa faucille
Ne s’étend pour ravir les cheveux du noir pré.
A travers les allées où l’on plante des roses
Avez-vous respiré comme un parfum de mort?
C’est un vent qui se plaint, et donne douces poses.
Au coeur qui se croit le plus fort.
Oui, n’est-ce pas ainsi? l’on n’a plus de caprices;
On éprouve en tout soi, jusque profondément,
Quelque chose d’amer, entouré de délices;
L’amertume est la vie, le miel est le néant.
Pourquoi donc retourner à ce monde en délire?
Pourquoi ne pas rester au sol des bienheureux?
Nous voyons la tempête et montons au navire;
La folie dirige nos vœux.
Aimez-vous ces tombeaux qui s’en vont aux nuages
Tout blancs d’un fat orgueil, remplis d’un vain penser?
On y voit rarement les Très-Saintes images;
Pour monter jusqu’à Dieu, faut-il donc s’abaisser?
Le front doit être bas, mais que toujours notre âme
Se fasse reconnaître à qui nous la créa;
De noble humilité faisons une oriflamme,
Et le bon Dieu nous sourira.
Nest-ce pas qu’en un coin couvert d’un peu de mousse,
Sous quelques fleurs amies, cultivées par l’amour,
Il fait bon reposer? Là, violette pousse,
C’est un coeur qui l’envoie de son dernier séjour.
N’est-ce pas qu’on est bien pour recevoir à l’ombre
Les larmes, en priant, de qui nous chérissait?
Et lorsque la douleur est d’abord morne et sombre,
Le calme vient à qui pleurait.
Prions! prions encor!–Ainsi dit Lamartine,
Cet être fait pour vivre en un divin palais.–
Oui, la sainte pensée de joie nous illumine,
Oui, l’ardente prière a du matin le frais.–
Prier, c’est adorer tout ce que la nature,
Soumise à une main, peut nous montrer de beau;
Prier, c’est désirer avoir une âme pure
Comme celui qui créa l’eau.
Revendiquer sa part de la misère humaine
Pour qu’elle charge moins qui en est accablé,–
Cet acte monte au Ciel;–n’est pas parole vaine
De soulager son frère en lui donnant pitié.
Dieu nous écoute encor quand l’oubli d’une faute,
Qui ne vient pas de nous, se perd dans l’avenir;
Imitons sa bonté, sa sagesse très haute,
Gardons du bien le souvenir.
Nous croyons à la voix d’un ami qui s’épanche,
Nous lui serrons la main; et bravant le malheur,
Nous nous faisons un Ciel, bleu comme la pervenche.
Oui, dans certain instant, on a foi au bonheur.
C’est encore prier que d’aimer qui nous aime;
Oh! l’amour devrait seul être notre horizon,
Cet amour pur et saint, 1amour que Dieu lui-même
Fait sentir doux comme son nom.
Nous croyons à l’élan d’un parti politique,
Nous croyons à ses mots de progrès ou de paix,
Et, décernant à tous la couronne civique,
Leur conscience au cœur apporte des bienfaits.
C’est prier que penser qu’il n’est chose dans l’homme
Qui ne doive aviser qu’au bien de son pays;
C’est prier que vouloir l’indivisible somme
De patriotes réunis.
Quand une femme voue son existence entière
A celui qui la prend et lui donne ses jours,
L’un et l’autre ont dans l’âme une belle prière,
Vous savez, ce mot vif, ce mot brûlant, TOUJOURS.
Avec joie, Dieu regarde une heureuse alliance;
Mais il veut, pour bénir de sa divine main,
Qu’on arrive tous deux à la seconde enfance,
Comme on était au lendemain.
Mouillé, battu des vents, l’oiseau sous la feuillée
Cherche paisible abri contre les pluies du ciel;
Et pour son grand trésor, sa petite couvée,
Il craint en grelottant;–c’est un effroi mortel.
Pourtant, il vit encore, et d’espoir l’oiseau chante;
Son chagrin dans la joie se fait entendre à Dieu,
Il prie...–Aussi voilà que pour son épouvante,
Le calme renaît en tout lieu.
La jeune fille au cou de celle qui l’embrasse,
De sa mère qui l’aime, et n’a d’autre transport
Qu’en voyant son enfant;–jeune fille qui passe,
A reçu baiser tendre, elle défie le sort.
Une mère! une fille! Ah! ce sont des Archanges
Qui parcourent la terre, et qui sur leur chemin
Sèment langage pur que redisent les anges,
Qui réjouit l’Être sans fin.
Rien n’apporte un vrai mal, et n’accable en ce monde
Comme un brusque départ, le départ d’un ami;
La tristesse, à longs flots se jette, nous inonde;
Profondément en nous quelque chose a frémi.–
Croyons à un retour, et Providence bonne
Gardera saintement notre ami dans ses bras;
Jamais, assure-t-on, elle n’entend personne
Sans lui donner vie pour trépas.
Mais nous sommes heureux lorsque sur notre bouche
Une autre bouche appuie de caressants baisers;
Vierge du Ciel, c’est toi, de qui la main nous touche
Et nous rend en amour ce qu’on t’offre en pensers.
Dans ce moment, alors, notre cœur va se rendre,
C’est ce néant de miel envoyé de là-haut;
Pour qu’on le goûte bien, ou pour le bien comprendre,
Dieu, c’est ton âme qu’il nous faut.
Vivons, aimons, prions!–Et sans hypocrisie
Qu’un baume, parfumé de pieuse ferveur,
Coule sur nos pensées, comme de l’ambroisie,
Que notre esprit s’éclaire avec cette liqueur.
Le mensonge odieux, qu’il fuie notre parole,
C’est un nuage noir ternissant un beau jour.
Aimer et être vrai,–de tout cela console,
En priant Dieu qui est l’amour.
VAPEUR II.
Table des matières
BAISER D’AMOUR.
Table des matières
Baiser d’amour, c’est souffle et de glace et de flamme,
C’est une mer qui hurle, un ruisseau qui gémit,
C’est la foudre éclatant, c’est une douce nuit,
C’est un bec de vautour, c’est le sein d’une mère,
C’est ce qui vit au ciel, dont on meurt sur la terre.
VAPEUR III.
Table des matières
ÉCRIT A TABLE IL Y A LONGTEMPS.
Table des matières
Du souffle d’un grand vent l’atmosphère est glacée,
La route de l’hiver se voit déjà tracée;
Feuille vole en tombant comme une larme d’or.
Nous prions le soleil d’échauffer tout au monde,
C’est à peine, du haut de sa voûte profonde,
S’il nous regarde encor.
Nous sommes à un temps où les bouquets se cachent,
Où le dernier brin vert, les troupeaux se l’arrachent,
Où la bise ne laisse aux arbres que leurs os.
En levant nos regards, nous voyons de la neige;
C’est un reflet obscur de la froide Norwège;
Il n’y a plus d’échos.
Les ruisseaux vont mourant avec des teints livides;
Bientôt ils quitteront leur infini de rides,
Et de cristal coulant seront cristal coulé.
Pour les revoir en vie, hélas! il faut attendre
Que les lèvres de mai, douces, viennent leur rendre
Un visage perlé.
Oh! tout va donc mourir! on entend... oui, tout pleure,
Oui, tout se dit adieu en attendant son heure:
Mais pourtant ce qui passe reviendra un jour;
N’en doute pas, arbuste, et toi, jeune fleurette,
Tandis que l’homme aimé, que dans la terre on jette.
N’a jamais de retour.
C’est bientôt que pour nous un ciel gris va paraître,
C’est bientôt qu en des lieux la misère va naître,
Que des mères en cris, avec leurs doux enfants,
Auront, sur leur grabat, accablées de tristesse,
L’hiver pour se couvrir et la faim pour richesse.
Mon Dieu! quel affreux temps!
Lorsque nos yeux sourient à une flamme agile,
Quand nous voyons partout l’étincelle facile,
Pétillant sur le feu;–saisis d’un vif effroi,
Nous brûlons au dehors; mais sous notre pensée
Notre cœur se sent mal, et notre âme est gelée;
Car les pauvres ont froid.
Bien souvent le dégoût préside à notre table;
C’est pitié d’avoir trop, c’est imiter l’étable
Où la brute a parfois des aliments sans fin.
Alors, si, parmi nous, se montre un gai convive,
Ce luxe et cette joie sont une douleur vive;
Car les pauvres ont faim.
Ainsi le monde va. D’un côté la fortune,
Une vie de bonheur et presque sans lacune;
De l’autre–les soupirs, regrets et désespoir:
Là un père content, une mère pleurante,
Puis un heureux époux, les larmes d’une amante;
Rire, ou dents, d’un vouloir.
Comme on irait prier en s’ôtant l’existence!
Comme on abrégerait cette longue souffrance
D’entendre près de soi gémir des malheureux,
Si...–Mais, quitter ses enfants! abandonner sa mère!
Quelque chose nous dit de prier sur la terre
Avant d’aller aux cieux.
Parmi tous les humains, rarement la tempête
Arrive sans laisser après elle une fête;
C’est du pain pour les uns, pour les autres un baiser.
Il est si doux de croire au bonheur dans la vie,
Que d’y penser un peu, notre âme rajeunie,
Brille et vit pour aimer.
A cette heure où je trace un peu ce que j’éprouve,
Pas un rayon du ciel, ici-bas, ne se trouve;
Il fait nuit en plein jour;–le yent souffle plus fort...–
Oh! n’oublions jamais que des mères en peine
Pour leurs pauvres petits ont besoin d’une haleine
Qui empêche leur mort.
VAPEUR IV.
Table des matières
RAYON DE SOLEIL.
Table des matières
Laissez-moi! laissez-moi! vous tous qui avez vie!
Quelque chose en plein air,–le soleil–me convie
Sur l’herbe, près de l’eau, sur des feuilles tombant;
Je cherche un souffle pur et le plus enivrant.
Je cherche, j’ai besoin qu’il m’arrive dans l’âme
Un son, un regard doux comme une voix de femme.
Il me faut que le bruit se meurt dans le lointain,
Il me faut une cloche à soupir incertain.
Il me faut du soleil à côté d’un nuage;
J’ai besoin d’un ciel beau qui prédise l’orage.
Mon coeur se fond, hélas1sous des larmes de feu;
Il regarde partout sans rien voir en tout lieu;–
Il a dans ses replis un sentiment avide,
Qui désire, qui veut, qui prend et reste vide
En étant toujours plein. Quand il donne un baiser,
C’est le rêve menteur qui vient le caresser:
Ce qu’il touche le blesse; il s’en va dans le vague,
Il s’y heurte à grands coups, il saigne, il extra vague;
Il crie comme un perdu, qui, la nuit, aux abois,
Fait cent tours pour sortir, et ne sort pas d’un bois.
Il s’agite, il remue, c’est à en perdre haleine;
Il se pique aux pensées qui l’abreuvent de peine;
Il est tout noir de sang, debout dans son caveau;
Il demande, en priant, secours à mon cerveau.
C’est mon cerveau, dit-il, qui le tue, qui l’écrase;
Qui l’arrose de soufre allumé.–C’est un vase
Rempli de glu d’enfer où se débat l’espoir;
On pourrait l’appeler Danaïde-entonnoir
Où tout ne fait séjour qu’au moment du passage.
C’est l’heure allant à flots se poser sur un âge.
C’est un haillon pendant, tout fier de vétusté,
Qui vient tirer la langue à ce qui a été.
C’est du verre en couteau, qui taille l’existence,
Et se casse en la plaie pour gonfler la souffrance.
Ce sont des yeux en pleurs, parce qu’ils ne voient plus.
C’est une pauvre mère, aux esprits éperdus,
Qui se donne à manger à l’enfant qui la sèche,
Et que rien ne nourrit sa chair qui se dessèche.
Son sein qui tombe, hélas! et qui n’a plus de lait,
Crie, de tout son pouvoir, à la mort: Est-ce fait?
Car la mère et l’enfant sont enfants l’un de l’autre,
Si la mère s’en va, l’enfant, son saint apôtre,
Met ses pieds dans ses pas,–et la colonne d’air
Les renverse tous deux;–le ciel se fait enfer,
Mais un enfer bien doux;–chez lui, tout il emporte
Pour ne rien séparer, et met clef sous la porte.
C’est enfin, dit mon cœur, comme une horrible dent
Qui limerait des os en se graissant de sang.
C’est un rayon de soleil qui me sembla écrire dans ma chambre, par le jour d’un volet, ce mot: désespoir, et qui me fit fuir.
VAPEUR V.
Table des matières
SA MÈRE L’EMBRASSE.
Table des matières
Elle t’embrasse donc
Sur les joues, sur le front?
Et souvent là, quand tu sommeilles,
Tes yeux dormant, ce sont ses veilles.
Elle ne souffle plus pour laisser s’envoler
Ce souffle du repos qui vient de son baiser.
D’un loup elle a les pas, quand, de ton lit, approche
Son cœur tendre, plus doux que n’est dure une roche.
Il lui faut l’air rendu, usé par tes poumons,
S’il se presse en sortant, elle en a des frissons;
Oh! que tu es heureux! Comme bien ta vie passe!
Ne me trompes-tu pas? Vrai, ta mère t’embrasse?...
... Aussi, il dit tout à sa mère.
Il lui dit tout!
VAPEUR VI.
Table des matières
ROI ET PAUVRE.
Table des matières
Que voulez-vous de moi?
Entrez, entrez, brave homme,
N’est-ce pas Jean Cagneux-le-Pauvre, qu’on vous nomme
Que voulez-vous de moi?
N’ayez pas peur, ami,
Je suis un pauvre aussi,
Un bien pauvre de joie, s’il en fut en ce monde;
L’amertume en ma vie fait sans cesse sa ronde;
Au calme, d’approcher elle porte défi.
Pourquoi donc m’appeler?–
Sur cette chaise douce
A l’aise asseyez-vous. La soie vaut bien la mousse
Où vous allez geler.
Mon feu vaut bien le vent,
Et ce mur paravent
Où votre corps s’appuie, se colle la journée;
Alors pour vous le temps doit doubler de durée,
N’est-ce pas, le Cagneux, ce n’est pas autrement1
Buvez un peu de vin,
Réchauffez votre gorge,
Mangez de ce pain blanc, laissez votre pain d’orge.
Allons! repas divin!
Voyez, voilà de l’or;
Voulez-vous ce trésor?
Vous vous en servirez pour avoir une veste
Qui se tienne après vous, et garderez le reste
Pour brider vos amis, pour faire le milord.
L’eau rend vos cheveux mous,
Mettez-leur cette toque;
Elle vous semblera peut-être bien baroque,
Il n’y a pas de trous.
Mettez aussi ces bas
Et prenez ce cabas.
Mon Dieu, mon pauvre Jean, comment? point de chemise!
Je veux vous en donner plusieurs sans reprise
Pour cacher dos et cou. Voilà encor des draps.
Vous êtes désireux
D’entrer dans une chambre,
Qui ne possède pas pour valets d’antichambre
Les vents ou l’air brumeux.
N’est-ce pas? Votre bien,
Je le veux–tout ou rien;
C’est-à-dire, je veux que vous vouliez le prendre,
Et ainsi vous pourrez tranquillement attendre
La fin de votre vie, la mort, le grand soutien.
Vous aurez un jokei
Bien pantin, bien paillasse,
En habit fin, brodé d’argent sur toute face.
Plus tard; mais du Tokei,
Bientôt: Jean, croyez-moi,
Buvez-en. Sur ma foi!
C’est un vin des meilleurs; Basa, Noé d’Autriche,
Le créa; Basa IV en fit trois; Basa, riche,
Du peuple dernier, ou premier, Basa fut roi.
Vous me comprenez bien;
Je parle sans cadence,
Sans nul apprêt, exprès; à votre intelligence
J’attache un seul lien.
Au savoir le savoir;
L’espérance à l’espoir.
Et si j’ai dit un mot de l’habitant d’un trône.
Hélas! j’ajouterai que cet homme qu’on prône
Est moins heureux que vous; je vous le ferai voir.
D’abord, à tout venant
Vous priez qu’il vous donne;
Vous vivez sans la faim; votre figure est bonne,
Quoique d’un mendiant;
Vous n’êtes pas rêveur,
Tiraillé par la peur.
Un roi! c’est un enfant dont le peuple est le père,
Dieu, le jour qui le mène, et la patrie, sa mère,
Et ce qui le nourrit pourtant, c’est le malheur.
Seul, vous mangez du pain.
Le roi, assis à table,
Est entouré d’amis, d’un luxe qui l’accable.
A lui n’est plus sa main:
La prend un renégat
A l’œil, au dos de chat.
Parmi tous ces vivants qui font belle grimace,
Dix, vingt fixent leurs yeux sur la royale face,
La dévorent du cœur, lui sourient du crachat.
Malheureux! qu’a-t-il fait,
Ce roi qui vous fatigue?
Peut-être rien de mal, si n’est qu’il vous prodigue
Chaque jour un bienfait.
Mais quel est donc celui
Qui si peu qu’il ait, lui,
Ne s’est trompé jamais et n’a pu se méprendre?
Plus on est haut placé, plus on devrait descendre,
Me direz-vous? c’est vrai. La faute est-elle à lui?
Sous des habits pompeux
Il y a de l’horrible
Qui tache le palais, et qui, dur ou sensible,
Va, tue ou rend heureux.
Du diable le valet
Plus qu’on ne lui dit fait;
Et malheur! Trop souvent, pour une peccadille,
Maître qui punit peu, son valet en sourcille,
Écoute à ventre plat; mais il a son sifflet.
Ah! vous vous asseyez,
Pauvre, je vous amuse;
Mais peut-être un peu trop du droit de conter j’use?
Non, car vous souriez.
Alors, j’en veux venir
A plus vous réjouir.
En disant, à raison: à vous, repos et calme!
Avez-vous dans le coeur quelque chose... une larme?
Vous la versez sans crainte, un roi peut en mourir.
Oui, d’un sire les pleurs,
Près d’yeux qui n’en produisent,
Sont souvent des poignards qui sur son sein s’aiguisent
Par de saintes fureurs.
S’il dit mot, on l’entend;
On crée son mouvement;
Il est toujours en haut et en bas de l’échelle;
S’il y monte il en glisse; en tout on le harcelle;
On lui marque un désir; s’il se veut, on le prend.
Mon Dieu! nous le savons,
C’est un bel esclavage
Dont ne se plaint un roi. Jusqu’à fin de son âge,
C’est: Je veux, nous voulons.
Mais son corps est perdu,
Et son coeur est mordu.
Sa cour est comme un chien qui tire ses entrailles,
Dent mielleuse et pointue qui livre des batailles.
L’entourage d’un roi, c’est le roi absolu.
Vous croyez que s’il a
Un fils ou une fille,
Ils sont à lui, pour lui? non, cette joie qui brille
En les voyant, s’en va;
L’Etat, ce monstre humain
Dès leur jour, le demain,
Les amène tous deux à sa gueule béante,
Donne un baiser Judas à leur chair palpitante;
Le géant est dehors, au palais est le nain.
Je ne vous ai point dit
Une terrible chose;
Dans une auguste vie si grande en est la dose!
Effroyable conflit!
Le Pauvre! c’est pitié
Que cette vérité.
On goûte son repas avant que le roi mange,
On lui fait voir qu’il peut...–N’est-ce pas, c’est étrange?
Aussi Dieu pense; il souffre: à lui, l’éternité!
Il y a dans un roi
Quelque chose de tendre
Dont on ne convient pas, qu’on ne veut pas comprendre.
On n’a pas d’autre foi
Qu’il passe tout son jour
En bals, fêles et cour;
Qu’il néglige son peuple, et que sur sa couronne
Il attache ses yeux, et ne voit plus personne.
–Pourtant on se sent bien de croire à son amour.
Pauvre, j’ai abusé
De votre patience.–
Pardon, merci, partez, merci.–Votre présence
Et votre air m’ont prouvé
Que j’étais un enfant
Né d’une sotte gent.
Pour vous offrir, à vous, l’argent, l’or, la fortune,
milliard de maisons, valant louis chacune;
–Allez, on rit dehors,–on pleure plus dedans.
Je crois avoir entendu dire à un pauvre:
«Bah! bah! l’aumône ne paie pas d’impôts.
VAPEUR VII.
Table des matières
ELLE.
Table des matières
Vous ne savez son nom?–Celle pour qui je chante
A vie d’amour de feu, puis après est mourante:
C’est un arbre en verdeur, un soleil en éclats,
Puis une nuit de rose ou languissants ébats.
C’est un torrent jeté par un trou de nuage;
C’est le roi des lions dégarni de sa cage:
C’est l’enfant qui se roule et qui est tout en pleurs,
C’est la misère en cris,–c’est la richesse en fleurs.
C’est la terre qui tremble et la foudre qui tonne,
Puis le calme du soir, au doux bruit qui resonne:
C’est un choc qui renverse en tuant de frayeur,
Puis un pauvre qui donne,–ou le soupir qui meurt.
C’est un maître qui gronde,–un amant qui caresse;
C’est la mort, désespoir, deuil, bonheur, allégresse.
C’est la brebis qui bêle en léchant son agneau,
Puis la brise aux parfums, ou le vent dans l’ormeau.–
Bien sûr elle a deux cœurs: l’un qui vit et palpite;
L’autre, frappé, battu, qui dans un coin habite.
On pense que son pied ne la soutiendra pas,
Tant il se perd au sol, ne marquant point de pas.
Ses cheveux sont si beaux qu’on désire se pendre
Avec eux, si épais qu’on ne peut pas les prendre.
Si petite est la place où l’entoure un corset
Qu’on ne sait vraiment pas comment elle le met.
Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle.
Des âmes en douceur s’épurent dans son souffle.
Et quand au fond du coeur elle s’en va cherchant,
Ses baisers sont des yeux, sa bouche est leur Voyant.
Pour loi.
VAPEUR VIII.
Table des matières
ORAGE.
Table des matières
L’horizon se rougit comme un feu qui s’allume,
Et l’on entend dans l’air comme un lourd bruit d’enclume.
Le ciel paraît un œil, gros, tout gonflé de pleurs,
Qui va s’ouvrir au large et verser ses douleurs.
Il arrive de loin un craquement horrible.
La nuit vise au soleil et met droit dans la cible.
Minuit sonne à midi;–et la terre en sueur
Semble porter un monde armé de pesanteur.
Les vents sifflent entre eux des chansons d’agonie;
Ils entourent les bois d’une main de Furie.
De partout l’eau abonde et se vomit à flots;
Des quartiers de rocher deviennent des canots.
Tout est affreux et beau, sublime, lamentable,–
C’est comme un mot de Dieu dans la bouche du diable.
Les oiseaux où vont-ils par ces temps ravagés?
Ils courent çà et là, comme des insensés;
Leurs ailes rabattues, leurs plumes rebroussées
A l’aise ne jouent plus, tant elles sont trempées;
Leurs becs, qui se mouvaient sous un gazouillement,
Ne s’ouvrent qu’avec peine à un gémissement.
Ils n’ont plus ces airs doux qu’une belle soirée
Apporte à leur gosier, à la lune parée.
Leur feuillage, pour eux, n’est plus un temple ouvert
A ce soupir du soir qui vient à leur concert.
Tout est mouillé, plié, tordu jusqu’aux racines;
Pour un jour nous avons la mort et ses ruines.
La nature échauffée se couche en un grand bain,
Et l’herbe qui se noie ne trouve plus sa main.
Les chars et les chevaux se perdent dans la boue;
Il n’y a plus ici et là-bas qu’une roue,
Qui sans qu’on la voie bien se meut avec fracas,
Ses jantes sont de feu et ses rais des éclats
Qui vont en se brisant comme une voix qui gronde
Reprocher aux humains le mal qu’ils font au monde.
Les arbres se secouent sur les vents déchaînés,
Ils ont beau tenir bon, ils sont déracinés,
Et leurs grands corps de boispercent, fraient un passage
A travers des maisons qu ils traînent à la nage.
Des ponts hauts de cent pieds s’écroulent dessous l’eau:
La montagne n’est plus que l’unique monceau,
Qu’aperçoive la vue de ceux qui sont sur elle;
Ils ont fui, gravissant sur celle balancelle
Qui ne remuera pas, ils osent l’espérer.
Mais si l’eau jusqu’à eux se plaisait à monter?...
D’abord les atteignant et cachant leur chaussure,
Puis peu à peu glissant, entourant leur ceinture.
Puis s’élevant encor jusque dessous leurs bras,
Puis arrivant au cou...–Où iraient-ils, hélas!
N’ayant plus que la tête en haut de la montagne,
Perdant pied de frayeur au frisson que les gagne?
Qui les prendrait alors? où s’accrocheraient-ils?
Les vagues en fureur sont des poisons subtils
Qui entrent par partout, et sur le corps se hissent,
Qui ne font pas vomir; au contraire, ils emplissent.
La pluie se jette encor, mais non plus par torrents;
Elle n’est plus fouettée par l’haleine des vents;
Et peut-être bientôt on verra de la terre,
Quand se retirera le flottant cimetière.
Et peut-être bientôt ces pleurs, venant du ciel,
Feront luire un jour bleu donné par l’Eternel.
Toujours gardons le temps coulé dans l’espérance;
C’est un si doux creuset que bonne confiance!
Des nuages encor parcourent l’horizon,
Mais ce n’est seulement qu’un vaporeux sillon.
La pluie se ralentit et tombe goutte à goutte,
On regarde et l’on craint; on attend, on écoute.
Tout se remet déjà de la fureur des bruits;
Des pointes de rocher, les liquides étuis
Les laissent sortir d’eux, peu à peu, ligne à ligne.
Un rayon de soleil! de pur or!–C’est bon signe!
Les torrents qui frappaient à leur tour sont frappés,
Une main les dégorge, ils s’en vont abîmés:
Le temps leur lance au cœur des instants qui les percent,
Sa force les accable,–et, pressés, ils se versent;
La mitraille de pluie leur refuse renforts,
Et bientôt se cachant ils n’auront plus de bords.
Les arbres, qui debout montrent plus que leurs têtes,
Reçoivent les oiseaux qui crient en vrais prophètes:
«Que fatigué du choc, la foudre est en repos,
Que les éclairs, ses gens sont rentrés au chaos;
Que l’arc aux trois couleurs, cet étai des nuages,
Ce lutteur à trois bras, qui boxe les orages,
S’avance bien brillant, bien cintré, bien tendu
Pour dire sans parler: «Que le calme est rendu.
«Que Dieu est satisfait du jeu de ses machines;
Que ses anges, porteurs de gracieuses mines,
Se rangent pour le voir sourire à son soleil,
Qui prend le plus possible un visage vermeil.
«Que la bonne Marie songe à toutes les âmes,
Et que son Fils chéri a prié pour les femmes.»
Oui, 1un1autre ont tenu et baisé les genoux
Du Père, qui s’est fait le Grand-Père de tous.
Herbe, mousse, rochers, tout cela se découvre,
La terre reparaît sous le ciel qui la couvre.
Mais qu’est-ce qui charrie sur son corps humecté?
C’est un mouton, sans peau, saignant, déchiqueté,
Qui s’est tondu tout seul à l’aide d’une pierre,
Et a laissé sa laine aux flancs de la rivière.
Plus loin, c’est un cheval,–selle au dos, mors aux dents,
Presque sec en dehors, gorgé d’eau en dedans;
Des étriers de fer, luisant comme lancettes,
Bien croisés sur son nez;–lui servent de lunettes,
Et pourtant ternes, mous, crevés.–Voilà ses yeux
Qui ne voient plus du jour ni de la nuit les jeux.
Une femme plus loin, qu’un pied de bœuf éventre,
Reçoit, de lui qui meurt, un enfant dans son ventre;
Un enfant, tournoyant au moment qu’il frappait.
On trouve encor plus loin un homme qui passait,
On pense, sur un pont, puisqu’il porte aux épaules
Une arche lézardée par le tronc de trois saules.
Dans un coin des débris d’une pauvre maison,
Deux amants ont encor de l’eau jusqu’au menton;
Cette eau tourne et blanchit leurs figures glacées,
Mais ne décolle pas leurs bouches embrassées.
Pulsuz fraqment bitdi.